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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/27

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les sensations qui se transformaient sous sa plume en personnages ou en incidents fantastiques, on nous excusera d’insister sur un sujet qu’on a l’habitude de séparer de la littérature. Dans le cas d’Hoffmann, il la rejoint. Il serait dommage de ne pas en profiter pour hasarder des suppositions, peut-être extra-scientifiques, sur ce qu’il peut entrer d’éléments pathologiques dans une œuvre littéraire.

Il eut le temps de s’alcooliser tout doucement, n’ayant commencé à écrire pour le public qu’en 1809. Jusque-là, il avait toujours tâtonné dans des voies qui n’étaient pas la sienne. On lit dans son Journal, à la date du 16 octobre 1803 : « Suis-je né peintre ou musicien ? Il faut que je pose la question au président *** ou au grand chancelier ; eux le sauront. » Il demandait la réponse, avec persévérance, à ses crayons ou à son papier à musique, et jamais elle n’était concluante. Il avait le désir de faire des portraits, mais ses dessins, toujours vivants et spirituels, tournaient toujours à la caricature, qu’il le voulût ou non ; aussi les clients ne venaient-ils point. En musique, il a été un compositeur fécond et varié. Il a écrit de tout et en abondance : opéras, symphonies, sonates, airs de chant, musique de chambre, musique d’église, ouvertures, et ce n’était pas mauvais. Il manqua pourtant mourir de faim, faute d’éditeur, le jour, tant souhaité, où il fut réduit à faire de l’art pour vivre.

C’était après Iéna, la date fatidique du relèvement de l’Allemagne. En toutes choses, avec ce peuple, il faut dire : avant Iéna, après Iéna. Comme les leçons du malheur leur ont profité ! Comme ils ont été eux-mêmes une leçon inoubliable pour les autres ! Le

    lui n’ont pu que le piller ; il était intimement lié avec Hoffmann, et il a eu tous ses papiers entre les mains.