Ouvrir le menu principal

Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/260

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


aux heures de répit, et à quoi cela ressemblait dans le passé. En 1848 — nous négligeons ce qui n’a point de valeur, — parurent des vers intitulés les Cloches, qui sont un aimable tour de force d’harmonie imitative. L’année suivante, presque à la veille de la mort, autre pièce de vers, À Annie, où il se représente dans son tombeau :

« Grâce à Dieu ! — La crise — le danger est passé, et l’interminable maladie est finie, à la fin — et la fièvre nommée « Vivre » est vaincue, à la fin.

« Je n’ai plus aucune force, je le sais bien, et je suis là, couché tout de mon long sans pouvoir remuer un muscle. — Mais qu’importe ! Je sens que je suis enfin mieux.

« Et je repose si tranquillement dans ma couche, à présent, qu’on pourrait croire en me regardant que je suis mort. — On pourrait tressaillir en me regardant, me croyant mort… »

Deux curieux fragments en prose, le Domaine d’Arnheim et le Cottage Landor, terminent son œuvre. Poe y développe une esthétique du paysage qui est aujourd’hui bien démodée. D’après lui, un paysage naturel n’est jamais parfaitement beau ; il ne le devient que grâce à l’intervention et au travail de l’homme. Poe nous décrit deux paysages modèles, idéaux, et, pour les deux, l’effort de l’homme a tendu tout entier vers l’artificiel, ses mains ont effacé avec une sorte de rage les dernières traces de la glorieuse liberté de la Nature ; il en a aboli jusqu’au souvenir, autant qu’il dépendait de lui. Dans le Domaine d’Arnheim, des lieues entières de terrain sont propres et peignées comme l’unique plate-bande d’un amateur de tulipes : — « L’idée de la nature, dit-il, subsistait encore, mais