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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/249

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« Je vous reverrai demain (mot illisible) dans l’après-midi et soyez sûre que je garderai amoureusement en mémoire jusque-là vos dernières paroles et votre fervente prière.

« Dormez bien, et que Dieu vous donne un été tranquille avec votre

« Edgar. »

Quelques mois plus tard, Virginie se mourait. L’illusion n’était plus possible même pour son époux, qui errait çà et là, à demi fou, incapable de tout travail et de toute pensée. La même visiteuse qui avait assisté à la scène des souliers crevés revint au petit cottage lorsque la bise glaçait la campagne défeuillée, et son cœur se serra au spectacle qui l’attendait. On avait descendu le lit de la mourante, de sa mansarde basse et sans air, dans le petit salon du rez-de-chaussée, demeuré aussi nu que par le passé, et aussi charmant de propreté méticuleuse. Les draps de Virginie étaient d’une blancheur éblouissante, mais elle était couchée sur de la paille, sans couverture, son corps fiévreux secoué par de grands frissons. Poe l’avait enveloppée dans le seul vêtement chaud qui lui restât ; c’était le manteau d’ordonnance qu’il portait au régiment — ou à l’école des cadets, — près de vingt ans auparavant. Il lui réchauffait les mains dans les siennes, Mme Clemm pressait les petits pieds d’enfant, les petits pieds engourdis par le froid, et le chat familier du poète, couché sur sa chérie, « avait l’air de comprendre combien il était utile ». Edgar Poe n’était plus qu’une ombre ; il y avait des semaines qu’on ne mangeait plus dans la maison, afin de réserver les derniers liards au soulagement de Virginie. La tante Clemm était la statue du désespoir.

La visiteuse retourna en hâte à New York, conter