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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/242

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États-Unis. Il y en avait en plusieurs langues, écrits avec tous les alphabets connus. Un seul lui résista, et il put démontrer que l’auteur avait triché et que cela ne voulait rien dire.

Plût au ciel que le tableau fût complet ! Mais on n’en a vu que la partie lumineuse, celle qui représente la lune de miel d’Edgar Poe avec ses patrons. Il les quittait quelquefois de lui-même ; on le regrettait, et tout était pour le mieux. Le plus souvent, il désirait rester. Quelques mois se passaient, ou quelques semaines — cela dépendait — et la comédie tournait en drame. Le modèle des employés devenait soudain « inexact, bizarre et grincheux » ; le plus modeste et le plus souple des collaborateurs se transformait en une sorte de matamore arrogant ; la perle des directeurs oubliait de faire paraître le numéro. L’opinion de ses chefs ou de ses associés changeait avec la même rapidité, et ils étaient outrés après avoir été charmés ; tel l’avait adoré pendant un hiver et s’était accusé publiquement de l’avoir méconnu, qui n’en voulait plus entendre parler l’été suivant, et la cause du revirement était invariablement la même : son vice l’avait ressaisi. Il était entré en fonctions contrit et repentant, pétri de bonnes résolutions et confiant dans l’effort de sa volonté, et puis, brusquement, le mal l’avait terrassé : « — Je crois, écrivait un de ses directeurs pendant une crise, qu’il n’avait absolument rien bu pendant dix-huit mois, mais en voici trois qu’on le rapporte continuellement chez lui dans des états pitoyables. » C’était alors une métamorphose complète, la substitution d’une personnalité à une autre. Il ne restait plus rien de l’homme raffiné qui frappait les habitués des salles de rédaction par ses manières aristocratiques, légèrement cérémonieuses. On n’avait plus devant soi qu’un ivrogne d’allures vulgaires, un braillard qu’on