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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/241

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fonctions consistent à être dérangé par tout le monde. Il a été le monsieur qui alimente l’abonné de province de jeux d’esprit et promet des primes aux meilleures solutions ; le boniment que voici eut l’honneur d’être rédigé de la même main qui avait tracé la Chute de la maison Usher : « — Nous donnerons un abonnement d’un an à la revue, plus un abonnement d’un an au Saturday Evening Post, à toute personne, ou plutôt à la première personne, qui résoudra cette énigme. » Il a été le directeur inventif auquel on confie un magazine aux abois, et qui trouve moyen de faire monter le tirage de quarante mille numéros. Il a occupé toutes ces situations au contentement général. Directeur, il remplissait la caisse. Relégué dans les emplois inférieurs, il était le modèle du petit employé, ponctuel, laborieux, ne se permettant ni une volonté ni une opinion : « — Il était à son pupitre à neuf heures du matin, racontait un de ses anciens chefs, et ne s’en allait pas avant que le journal — un journal du soir — fût sous presse. » Les observations le trouvaient toujours de bonne humeur ; il les accueillait avec une déférence qui nous paraît, à nous, exagérée, suspecte par conséquent, mais qui lui valait de bonnes notes dans les bureaux de rédaction de New York : — « Quand nous lui demandions de glisser sur une critique, d’effacer un passage trop vif, il le faisait avec empressement et courtoisie ; il était infiniment plus maniable, dans ces questions délicates, que ne le sont la plupart des hommes. »

Sa facilité de travail le rendait précieux dans les mauvais jours, quand la caisse était à sec : il rédigeait le journal à lui tout seul. Enfin il était sans rival pour les jeux d’esprit ; il se consacra une fois pendant six mois à deviner les cryptogrammes que les abonnés adressaient au journal de tous les points des