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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/234

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puisqu’il s’en trouva un pour publier le conte impertinent que Poe a intitulé : la Vie littéraire de Bob Thingum, esq. C’est l’histoire d’un jeune Yankee très avisé, qui a résolu d’arriver à la gloire et à la fortune par la littérature. Il commence par acheter quelques vieux bouquins « complètement oubliés ou inconnus », qu’il traduit ou copie avec discernement. À l’un, il prend l’histoire « d’un certain Ugolin, qui avait une potée d’enfants » ; à l’autre, un long passage sur « la colère d’Achille » ; à un troisième, qui est aussi d’un bonhomme aveugle, des tirades sur « la Sainte-Lumière » et sur Adam, « premier-né du ciel ». Bob recopie proprement « ses poèmes » et les envoie aux quatre magazines les plus importants. Ils sont refusés, non pas qu’on ait reconnu les vers de Dante, d’Homère ou de Milton, mais parce qu’ils sont traités de fatras. Instruit par l’expérience, Bob débute modestement par un distique sur un produit de parfumerie. Il apprend d’un éditeur influent l’art de la réclame, celui de tuer la concurrence en déshonorant les confrères et de supprimer les frais de rédaction en se faisant payer par ses collaborateurs. La fortune lui sourit aussitôt. Il devient propriétaire de « trois périodiques », l’argent afflue dans sa caisse et les échos de la presse quotidienne retentissent de son nom : il est le grand Bob, le fameux Bob, « l’immortel Bob ».

Poe résumait dans les termes que voici — ou à peu près — le spectacle offert aux environs de 1840 par le monde des lettres américain : « En tant que nation littéraire, nous sommes un immense humbug ; il n’est pas un homme raisonnable qui n’en convienne dans son for intérieur. Nous sommes la proie des coteries et des sociétés d’admiration mutuelle. Tous nos poètes et nos poétesses ont du génie, tous nos romanciers sont « grands », tous les écrivailleurs en n’importe