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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/233

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d’autres : « Vous aussi, miss Margaret Fuller, vous feriez bien de repasser votre grammaire ; vous en prenez trop à votre aise avec la syntaxe, sous prétexte de carlyliser. C’est dommage, car votre style est un des meilleurs que je connaisse. — M. Flaccus[1] — rien d’Horace, ni même de son ombre — a mis le mal de mer en vers. C’est une entreprise hardie, sans précédent si je ne m’abuse. Son volume est un des plus sots qu’on puisse rêver. Il a des métaphores extraordinaires. Lui seul était capable de trouver les « fleurs sans épines qui sautent tout armées d’un cerveau de femme ». Ou ceci : « Il prend les grands arbres par les cheveux, et en balaie l’air comme avec des balais. » Flaccus n’est même pas un poétereau de second ou de troisième ordre ; il est tout au plus de quatre-vingt-dix-neuvième ordre. — M. English se plaint encore des typographes ; mais nous connaissons le truc. Toutes les fois que M. English s’aperçoit qu’il a estropié un mot, ou mis un verbe au singulier avec un nom au pluriel, nous sommes sûrs de voir apparaître des lamentations sur les fautes d’impression « absolument inconcevables » qui se sont glissées dans son dernier volume. Il est parfaitement dans son droit en ignorant l’orthographe, puisqu’il n’a pas été à l’école. Nous trouvons seulement fâcheux qu’il dirige une revue. Il n’y a pas de spectacle plus pitoyable que celui d’un homme n’ayant même pas l’instruction primaire et qui se fait pourvoyeur de belles-lettres pour l’humanité. »

Il est vrai qu’il n’y aurait pas eu de revues en Amérique — toujours d’après Edgar Poe, — s’il avait fallu attendre de trouver des directeurs instruits. À défaut de science, accordons-leur une philosophie indulgente,

  1. Pseudonyme de Thomas Ward.