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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/200

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Il avait débuté par des vers abominablement boiteux, dit un critique américain[1] qui a eu les éditions originales entre les mains. Sa forme s’épura sous l’influence d’un travail acharné, sans que ses progrès lui donnassent la tentation d’écrire des vers de plein soleil. La vraie poésie restait pour lui celle qui suggère, plutôt qu’elle ne peint ou n’explique. Il voulait que « chaque note de la lyre » allât réveiller l’un de ces « échos… indistincts mais augustes » qui sont les appels à l’âme, lancés de la région lointaine et supraterrestre où habite la poésie pure. Les poètes qui se contentent « d’imiter ce qui existe dans la Nature » n’éveillent jamais ces échos, quelque exacte que soit leur imitation ; aussi n’ont-ils pas droit au nom sacré d’artiste. Amiel a dit : « Un paysage est un état d’âme. » Poe avait complété d’avance sa pensée en écrivant : — « L’art est la reproduction de ce que les sens perçoivent dans la Nature à travers le voile de l’âme[2]. » Il résumait en ces termes le rôle de la poésie dans le monde : « Le sentiment poétique est le sens du beau, du sublime et du mystique. De là dérivent directement, — d’une part, l’admiration pour les choses de la Terre, les belles fleurs, les forêts plus belles encore, les vallées brillantes, les rivières et les montagnes éclatantes, — d’autre part, l’amour pour les étoiles scintillantes et les autres gloires enflammées du Ciel, — et enfin, inséparablement uni à cet amour et à cette admiration pour le Ciel et la Terre, l’invincible désir de savoir. La poésie est le sentiment de la félicité intellectuelle ici-bas et l’espérance d’une félicité intellectuelle supérieure au delà de ce monde. Elle a pour âme l’imagination. Bien qu’elle puisse exalter,

  1. Woodberry.
  2. Marginalia.