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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/150

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plutôt que longitudinalement[1]. » Ce noble langage terrorisait les servantes écossaises, déjà impressionnées par sa tournure de sorcier et par les légendes qui couraient sur son compte. L’une d’elles s’attendait à le voir s’envoler par la cheminée. Une autre quitta précipitamment la maison et refusa d’y rentrer : « M. Quincey lui faisait trop peur — il avait des mots épouvantables ! » Il arrivait quelquefois qu’il les subjuguait : « Ah ! monsieur, s’écriait l’une de ces gothons, vous êtes un grand homme, un très grand homme ; personne ne vous comprend ! » Les hôtes étaient perdus quand la cuisinière le prenait en affection. Quelqu’un avait prié un gourmet à dîner. On servit des tripes et du flan ; c’était Quincey qui avait changé le menu à cause « de l’état de son estomac, source perpétuelle d’affliction pour lui ». On eut de la peine à apaiser l’invité[2].

Malgré toutes ces choses, et beaucoup d’autres qu’il serait trop long de raconter, il n’aurait tenu qu’à lui de passer sa vie entière chez l’un ou chez l’autre. Il était de ceux qui gagnent les cœurs par un charme indéfinissable : « Jamais homme plus aimable, jamais homme doué d’autant de séduction n’a foulé cette terre. Le voir et le connaître, c’était l’aimer et le vénérer. Humble au point où cela devient un défaut, simple comme un enfant, chacun de ses actes, chacune de ses paroles respirait néanmoins la noblesse et accusait une nature raffinée[3]. »

Les siens l’adoraient tout les premiers. Dieu sait pourtant s’il avait été un bon père de famille ! Sa femme était morte jeune, de misère et de souci. Ses enfants s’étaient élevés tout seuls. Ce n’était pas faute de ten-

  1. Mrs Gordon, Memoir of Wilson.
  2. J. G. Bertram, Some Memoirs of Books, Authors and Events.
  3. Recollections of the Glasgow Period, par Colin Rae-Brown.