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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/138

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Thomas de Quincey aurait eu le droit d’être sévère, et les articles étaient signés : le Mangeur d’opium anglais.

Quatre ans après, ce fut le tour de Wordsworth, qui n’était pas mort et prit très mal la chose. On a beau être un vertueux père de famille, il n’est jamais agréable, surtout pour un poète, qu’un critique célèbre vienne dire au public à peu près ceci : « Le fameux Wordsworth (à cette époque, il était devenu fameux) vieillit mal ; il devient rougeaud. Il a des jambes — quelles jambes ! bonnes, mais pas ornementales ; c’est l’avis unanime des femmes. Et son dos ! Tout rond ! Quand on le voit par derrière, ça lui donne un air mesquin[1]. Ce que j’en dis est pour l’amour de la vérité, car je tiens en profond mépris, depuis ma plus tendre enfance, depuis que j’ai le sentiment de la vraie dignité humaine, cette passion de savoir comment les gens sont faits qu’on remarque chez tant de personnes, — chez Coleridge et Wordsworth, sans aller plus loin. Que me font, à moi, les jambes d’un homme[2] ? Il n’y a que son cœur et son esprit qui comptent, et ni l’un ni l’autre ne sont aimables chez Wordsworth. Il est insociable et égoïste. Il a mauvais caractère, et son arrogance ne permet pas d’entretenir avec lui des relations agréables. Croirait-on qu’il a la prétention de monopoliser les impressions sur les beautés de la nature ? Quand on essaie de placer son mot, il a une manière de ne pas écouter qui est positivement insultante[3]. Je ne me serais pourtant pas brouillé avec lui, malgré tout,

  1. Œuvres complètes : The lake poets : William Wordsworth (1839). — William Wordsworth and Robert Southey (1839). — Southey, Wordsworth and Coleridge (1839).
  2. Id. : Professor Wilson (1829).
  3. Id. : Gradual estrangement from Wordsworth (1840).