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Page:Barine - Névrosés : Hoffmann, Quincey, Edgar Poe, G. de Nerval.djvu/130

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en font à leur tour des faits nouveaux, et cela est sans fin… Je ne parle pas simplement des raisons subjectives, tirées de la différence des esprits, qui sont cause qu’il y a autant de manières d’interpréter et de juger les événements qu’il y a d’historiens. Je prétends qu’objectivement, tous les grands faits de l’histoire doivent aux progrès des sciences sociales de prendre perpétuellement des aspects nouveaux, qui rendent perpétuellement nécessaire de les rejuger au point de vue moral. » Il disait aussi : « La chimie est la science des formes et des forces qui sont contenues à l’état latent dans tout ce qui existe, épiant l’occasion d’être. Il en est des faits de l’histoire comme des éléments chimiques : il n’y a pas non plus de fin à leurs capacités de transformation[1]. »

Quincey rejugeait les grands faits de l’histoire d’après ces principes, et remettait en question les opinions les plus vénérables. Il soutenait que l’empire romain n’a pas été détruit par les barbares, qu’il s’est détruit lui-même par les vices de sa civilisation, et que les Goths, ou les Vandales, loin d’être responsables de son effondrement, ont été les sauveurs de l’Occident. Ils ont arrêté sa décomposition en lui infusant un sang jeune et sain. « Ils ont été les restaurateurs et les régénérateurs de l’intelligence romaine épuisée. Sans eux, la population indigène de l’Italie aurait probablement été éteinte, vers le VIe ou le VIIe siècle, par la scrofule, la folie et la lèpre. » Les Romains ont été les vrais barbares ; l’Europe serait aujourd’hui beaucoup moins avancée s’il n’y avait pas eu des Goths et des Vandales sur la terre. — Arrivé à ce point, Quincey se met en devoir de démontrer sa thèse, mais il avait compté sans les infirmités mentales qui lui interdisaient de

  1. Greece under the Romans (1836).