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XVII


J’ai donné congé. Je m’en irai demain, le soir, avec mon immense souvenir. Quels que soient les événements, les tragédies que me réserve l’avenir, ma pensée ne sera pas plus importante et plus grave, lorsque j’aurai vécu ma vie de tout son poids.



Le dernier jour. Je me tends pour regarder. Mais tout mon corps n’est plus qu’une douleur. Je ne peux plus me tenir debout ; je chancelle. Je retombe sur mon lit, repoussé par le mur. J’essaye encore. Mes yeux se ferment et s’emplissent de larmes douloureuses. Je veux être crucifié sur le mur, mais je ne peux pas. Mon corps se fait de plus en plus pesant et poignant ; ma chair s’acharne contre moi, et la douleur se multiplie, me heurte le dos, la face, me crève les yeux, me soulève le cœur.