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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/99

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Charles XII, le roi de Suède, dont il lisait sans cesse la Vie, il ne songea pas à imiter son héros.

Vous le savez, Charles XII (Néel l’avait admiré souvent !) n’avait jamais voulu revoir mademoiselle de Kœnigsmark, tant il avait été épouvanté de la capacité d’amour qu’il avait sentie dans son âme profonde, au premier regard de cette Méduse de beauté ! Mais lui, Néel, dont toutes les pensées cependant, toutes les rêveries étaient la gloire par l’épée, — par cette épée que l’honneur lui défendait momentanément de tirer, — n’eut pas peur de revoir cette troublante créature qui allait l’enlever probablement à toutes les idées de gloire et qui aurait dû, plus qu’aucune autre femme, le frapper de l’héroïque épouvante de l’amour. Que dis-je ! il voulait la revoir, au contraire ; il s’acharna dans cette volonté. Il n’aspira plus qu’à rencontrer de nouveau cette fille, une première fois rencontrée.

S’il avait été un Normand de race pure, il se serait demandé peut-être à quoi bon revenir à cette enfant à l’ignominie de qui la nature avait fait l’horrible mensonge de donner une forme divine, et il se serait payé des meilleures raisons pour la fuir. Mais il ne s’interrogea point, ne réfléchit pas, et, en vrai Slave qui va devant lui, comme les chevaux indomptés