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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/96

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— On ne les garde pas quand on se repent, — répondit profondément la jeune fille, qui eut un tressaillement, comme si un aspic l’eût touchée, et qui regarda son père avec une sublime intention. Mais vous ne m’avez point offensée, — ajouta-t-elle d’une voix charmante où vibrait la bonté du cœur le plus doux.

— C’est moi qu’on offense, jeune homme, dit Sombreval, et non pas elle ! Elle ! elle est trop haut du côté du ciel pour que l’injure puisse jamais l’atteindre, et d’ailleurs n’a-t-elle pas le cœur de son vieux père pour tout intercepter ?

Au mot du ciel prononcé par ce renégat qui n’y croyait pas, Calixte eut un regard magnifique de joie et de reconnaissance, car il venait de dire pour elle un mot qu’il ne disait jamais.

Les Herpin avaient ouvert la grille de la cour, et ils étaient venus saluer leur nouveau maître.

— Je ne vous invite pas, Monsieur, dit Sombreval avec hauteur, à entrer chez un homme que vous haïssez avant de le connaître. Il vaut mieux nous quitter comme si nous ne nous étions jamais vus et comme si nous ne devions plus nous revoir. Avec Gourgue-Sombreval pour maître, la grille de la cour du Quesnay sera désormais plus fermée qu’ouverte. — Entre chez toi, ma Calixte ! dit-il en changeant de voix, qui de rauque et dure devint veloutée.