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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/95

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mandé à Dieu de partager ses blessures, mais par l’horreur involontaire d’une mère — morte d’horreur !

Néel, qui ne savait pas ce que cachait cette singulière bande écarlate, Néel, qui ne pouvait pas se douter que la fille au prêtre fût une chrétienne, ne comprenait rien à ce diadème inexplicable qui faisait peur comme un mystère et fascinait comme un danger. Il ne comprenait pas. Mais n’est-ce pas l’incompréhensible qui enfonce toujours plus avant l’amour dans nos cœurs ?…

Le sang de la légère blessure de Néel était étanché. Ses cheveux mouillés encore bouclaient plus lustrés et plus beaux autour de son visage, auquel une passion naissante donnait une expression pleine de charme. Il se leva gracieusement du mur où il était étendu et, regardant avec des yeux, redevenus bleus de douceur et de tendresse, la jeune fille qui, en se penchant vers lui, s’était (à ce qu’il semblait) toute versée dans son cœur et qui l’emplissait, comme un liquide remplit une coupe :

— Merci, Mademoiselle — lui dit-il avec trouble — oh ! merci et pardon ; pardon plus que merci encore ! Oubliez ce que j’ai dit avant de vous connaître. Moi, je n’oublierai plus que je vous connais et que je vous ai offensée — et je garderai mes remords !