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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/93

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dans le ciel, comme le calice d’albâtre de leur sacrifice.

Néel de Néhou, qui depuis quelques jours pensait à elle, — car le bruit de la scandaleuse acquisition du Quesnay par Sombreval faisait sa tournée dans le pays, — Néel, qui s’imaginait que, si la fille de cet abominable prêtre pouvait être belle, elle ne devait l’être que de la beauté orgueilleuse, matérielle et hardie d’une réprouvée, fut frappé jusque dans le cœur, quand il aperçut contre l’énorme et noire épaule de Sombreval cette tête de Sainte, aux paupières baissées, sublime de tristesse calme et de chasteté !

Calixte était moins une femme qu’une vision, — « une vision, disait Jeanne Roussel, qui me l’a presque montrée à force de m’en parler, comme Dieu voulait sans doute, dans une vue de providence, que ce scélérat de Sombreval en eût une, sans cesse, devant les yeux. » On aurait dit l’Ange de la souffrance marchant sur la terre du Seigneur, mais y marchant dans sa fulgurante et virginale beauté d’ange, que les plus cruelles douleurs ressenties ne pouvaient profaner.

Calixte souffrait dans son corps par la maladie et dans son esprit par son père, mais elle n’en était que plus belle. Elle avait la beauté chrétienne, la double poésie, la double vertu de