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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/92

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l’effet d’un tison tombant dans de la poudre. Néel, l’impétueux Néel, qui venait, — il n’y avait qu’un moment, — de parler de Sombreval et de Calixte avec l’insultant mépris que tout le monde avait pour eux, — apaisé maintenant, doux et presque soumis, non seulement ne souffrait pas de sentir la main de la fille au prêtre sur sa tête, mais encore il allait souffrir, et cruellement, tout à l’heure, quand il ne l’y sentirait plus !

Jamais il n’avait éprouvé rien de pareil à ce rêve vivant, car ce qu’il voyait ne ressemblait pas à la vie, du moins à la vie ordinaire. La femme qu’il avait devant lui et qui lui touchait sa blessure tenait elle-même bien plus du rêve que de la réalité.

En venant seule, au bras de son père, dans ces campagnes désertes où les brises de la fin du jour, chargées de senteurs végétales, apportaient des vagues de vie à sa faiblesse, Calixte avait ôté sa capote de voyage pour faire prendre un bain d’air à sa tête souffrante, qui s’était relevée comme la tige d’un beau lis, au soir. Avec sa blancheur, en effet, l’élancement de ses formes sveltes, le long châle de laine blanche, sans bordure, qui l’enveloppait tout entière comme une draperie mouillée enveloppe une statue, elle ressemblait à cette fleur, emblème des âmes pures, que les Vierges portent