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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/89

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profonde, d’une nuance, pour ainsi parler, redoublée, indice marqué de sa double origine d’homme du Nord. L’ambre éteignait l’or sur ses cheveux qui semblaient des plumes, tant ils étaient légers et diaphanes ! et qui bouclaient, courts et pressés, autour de sa tête élégante, coiffée comme depuis on a vu se coiffer Byron.

Son front blanc, un peu busqué et ouvert, comme une plaine de neige durcie, à tous les rayons, à toutes les ombres, à toutes les tempêtes, était traversé de la belle torsade bleue de cette veine que les physiologistes appellent la veine de la colère et qui, partant de la racine des cheveux, descendait entre les sourcils jusqu’à la naissance d’un nez plus correct et plus pur que celui de tous les sphinx grecs.

À chaque instant, cette veine se gonflait sur ce front, expressivement téméraire, jusque dans son immobilité et sa blancheur.

On eût pensé, en la voyant, qu’elle était un signe de mort prématurée, — que le jour ne pouvait être loin où elle se romprait sous la joie ou la peine, comme cette autre veine qui se rompit de volupté dans la poitrine d’Attila.

Du reste, en attendant la catastrophe, les violences qui créaient un danger perpétuel pour Néel et pour les autres lui donnaient deux charmes inouïs de physionomie, lorsqu’elles