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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/87

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combats dans le tonique parfum des bois et la poudre de son fusil de chasse, mais il pouvait croire qu’il ne la respirerait jamais mieux.

Les opinions, ou plutôt les passions politiques du vieil Éphrem (ancien officier de l’armée des Princes) défendaient impérieusement à Néel de servir sous un drapeau qui n’était pas celui de ses ancêtres, et il le regrettait amèrement. À cette époque, la France était en pleine épopée militaire. La lecture des journaux, les bulletins publiés par l’Empereur, les récits qui volaient de bouche en bouche étaient autant de coups de trompette pour l’impatiente ardeur de ce jeune homme dont le cœur hennissait dans les liens respectés du devoir. Néel se demandait, parfois avec larmes, s’il aurait jamais la sensation enivrante d’une garde d’épée dans sa main.

Toutes les chouanneries étaient finies. Le Corse, — comme l’appelait le vicomte Éphrem de Néhou, Corse lui-même, du moins par la profondeur des ressentiments, — venait d’épouser une archiduchesse d’Autriche. Son empire de fer et bronze, qui devait se fausser plus tard, semblait avoir alors une solidité éblouissante qui désespérait ses ennemis.

Néel, que la conscription allait atteindre, si, avant que l’heure en fût sonnée, un brevet de lieutenant dans quelque régiment de cavalerie,