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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/83

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Et il prit par le milieu du corps, à hauteur de ceinture, le jeune cavalier à moitié évanoui, et l’enlevant de la selle avec la légèreté d’une plume, il lui fit vider les étriers.

— Tiens, ma Calixte, — dit-il en éclairant son visage sombre d’un sourire qu’elle seule faisait naître, — je te l’apporte pour que tu guérisses le mal que ton père lui a fait.

Et il déposa le jeune homme évanoui devant elle, et il le coucha sur la margelle du mur à hauteur d’appui qui faisait soubassement à la grille de la cour.

Les Herpin étonnés regardaient cette scène avec des yeux grands comme des portes.

— De l’eau ! leur dit-il avec sa brusquerie impérieuse, et l’un d’eux étant allé lui en chercher à la ferme, il y trempa le mouchoir de sa fille et il en lava le front du blessé qui rouvrit les yeux.

En apercevant Sombreval, le jeune homme se dressa sur son séant et, d’un geste plein de ressentiment, fut pour repousser la main qui pansait sa blessure ; mais Calixte qui vit le mouvement prit le mouchoir des mains de son père… et le jeune inconnu s’arrêta, — il l’a dit lui-même, — comme s’il avait vu Dieu, et il tendit son front à la main de la fille du prêtre, quoique ce fût pour lui, en chair et en os, la fille du Démon !