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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/80

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venant, après tant d’années, et qui venait tranquillement se mesurer avec le mépris de tout un pays exaspéré, ces caisses, aux formes étranges, placées dans la cour du Quesnay, étaient un perpétuel aliment de dirie. Les garçons de la ferme les regardaient assis dessus, en les frappant du talon de leurs gros sabots, et se demandaient ce que de pareilles boîtes pouvaient contenir. « C’est le mobilier de l’enfer », disaient-ils, ne pouvant rien accueillir de la vie ordinaire sur cet homme qu’ils ont toujours cru capable de tout, ainsi que la suite de cette histoire va nous le faire voir.

C’était le 13 du mois et un vendredi, — car ils ont retenu les moindres circonstances de l’arrivée définitive de Sombreval au Quesnay et de son séjour dans le château qu’il ne devait plus quitter, — oui, c’était le 13 du mois de juin 18… qu’il y arriva avec sa fille, — la fille au prêtre ! comme ils n’ont jamais cessé de l’appeler pendant tout le temps qu’ils l’y virent, et comme ils l’appellent certainement encore, si quelques-uns d’entre eux en parlent là-bas, comme nous ici sur le balcon de ce quai, maintenant silencieux.

Il était environ six heures du soir. Le soleil, qui passait obliquement ses rayons par-dessus la saussaie et enflammait un couchant teint de vermillon, semblable à un rideau de pourpre