Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/73

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Quoique maître Jacques Herpin fût, comme tout paysan bas-normand, un esprit lent et à pas de bœuf, cette pensée-là ne mit pas grand temps à faire le tour de sa caboche. Dès qu’il eut jeté deux ou trois regards obliques à Sombreval, il sentit tout de suite quel homme c’était.

Jean Sombreval, en effet, quoiqu’il approchât de la soixantaine, suait encore cette force que les gens du peuple respectent. Sa figure osseuse, labourée de rides, où l’endurcissement de l’âme avait mis le calus d’une volonté de fer, forgée à froid ; ses yeux, — deux vrais coups de hache qui tombaient sur vous, en brillant, — ses sourcils grisonnants et touffus dans lesquels se cachait un monde de pensées, toutes ces choses faisaient de sa personne un ensemble difficile à braver et même à regarder avec indifférence.

Appuyé sur son bâton de houx à nœuds, revêtu de cette espèce de redingote de voyage, croisée sur la poitrine et à col droit, que l’on appelait en ce temps-là une redingote à la saxonne, avec son charivari de coutil à mille raies blanches et vertes et à gros boutons d’os blanc qu’il n’avait pas défait, en descendant de cheval à S…, il ne rappelait guère l’ancien et jeune abbé qui avait fait autrefois l’édification du canton de S… et de ses dix-sept pa-