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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/68

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Jean se mit à rire de cette prédiction, mais ce qui lui renfonça le rire dans la gorge, — disait Jeanne Roussel, — fut la foudre qui tout à coup tomba sur la tour du clocher et le coupa à moitié de sa hauteur aussi net que la serpette du jardinier coupe une asperge.

Un orage s’était formé, rapide, pendant qu’ils étaient sous le porche de l’église fermée à la clef, comme toutes les églises dans les campagnes… Ils se crurent perdus, car les pierres de la tour roulèrent jusqu’à eux sous le porche.

Ce coup de tonnerre leur sembla comme un avertissement de Dieu. Du moins fut-ce à dater de ce grand péril que la Malgaigne renonça à ses sorcelleries et qu’on la revit aux églises où depuis longtemps on ne la voyait plus. Seulement, toute pieuse qu’elle fût redevenue, elle resta toujours sous l’impression de ce qu’elle disait avoir vu dans son eau charmée, et cela lui fut une raison de plus pour supplier Jean, à mains jointes, de renoncer à ses lectures et à ses ambitions : mais, — ajoutait encore Jeanne Roussel, — rien n’y fit, pas même, quand il voulut partir pour le séminaire, de se coucher comme une chienne, à travers le seuil, pour l’empêcher de sortir… C’était la scène sublime de la légende de saint Colomban retournée.

En effet, si, lui, le beau Saint des forêts de