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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/67

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tout à fait, le bouillant jeune homme ! et, poussé à l’extrême, il finit par la mettre au défi, puisqu’elle en voyait si long et que d’aucuns la croyaient sorcière, de lui dire, une bonne fois pour toutes, ce qui arriverait de ses goûts d’apprendre et de son avenir.

Elle ne put, à ce qu’il paraît, résister à ce défi… sans y répondre, et elle dit à Jean d’aller chercher de l’eau plein son écuelle, à la première mare qu’il rencontrerait au bas du mont, tandis qu’elle chercherait des herbes dont elle avait besoin pour faire son charme.

Il y alla donc et, quand il revint, elle l’entraîna sous le porche de l’église de Taillepied, qui couronne la cime verte de ce mont, lequel a, comme on sait, la forme d’un œuf coupé par la moitié, et préoccupés ou plutôt possédés tous deux d’une curiosité qui leur fit oublier qu’ils étaient sous la porte de la maison de Dieu, elle attacha, après bien des simagrées effrayantes, ses deux yeux blancs sur l’eau charmée qui frissonnait comme si un feu avait été dissous, et elle dit à Jean « qu’elle le voyait prêtre, — puis marié, — et puis possesseur du Quesnay (or, à ce moment-là, les Du Quesnay étaient encore dans l’opulence, et personne ne pensait à leur ruine), — enfin que l’eau lui serait funeste et qu’il y trouverait sa fin ».