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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/64

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sois mal servi de l’un et de l’autre, mais crois-en la Malgaigne, si tu peux ! Crois-en celle qui t’eût épargné bien des fautes, si tu l’avais crue. Ne montre pas dans le lit vermoulu des du Quesnay un crime plus grand que tous leurs vices. Ne t’en viens pas dans un pays où tu es encore plus honni qu’eux… où l’on se signe quand, par hasard, on parle de toi ! Dieu t’a donc crevé les yeux, les oreilles, l’entendement, tout ! Tu veux donc vivre dans ton château comme le crapaud dans sa pierre ! Moi qui ne bouge plus guère de ma bijude, je suis venue ici ce soir, poussée par un instinct. Les moineaux sentent le faucon dans l’air sans le voir, et ils se hérissent… Moi, je sentais dans l’air Sombreval, et tu vois, je me suis trouvée juste sur ton chemin, encore une fois, Sombreval ! Encore une fois inutile ! Car je te connais, tu n’as pas changé ! Tu es le même qu’il y a vingt ans, quand tu marchas par-dessus mon corps que je mis en travers de ma porte pour t’empêcher d’aller à la perdition ! Tu marcherais peut-être encore par-dessus moi, — ce soir — si je me mettais en travers du chemin que tu suis !

— Oui ! — dit Sombreval avec l’horrible sécheresse d’une résolution qui ne peut plus être ébranlée ni par raison humaine ni par raison divine, — et il tourna le dos à celle qu’il