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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/61

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une voix qui semblait venir du tertre, où se dressait la croix, dit très haut, d’un ton d’ironie calme et mordante :

— Tu t’en vas donc au Quesnay, l’abbé Sombreval ?

Ceci l’arrêta court. — Il était arrivé de la ville de…, distante de quatre lieues du bourg de S…, dans l’après-midi. Il était venu à cheval et n’avait, au bourg dont il sortait, parlé à personne, si ce n’est au garçon d’écurie de l’Hôtel de la Victoire, chez Picot, et à maître Tizonnet, le notaire, qui, d’ailleurs, ne l’aurait pas reconnu, s’il ne lui avait pas décliné son nom. Il pouvait donc se croire parfaitement inconnu dans le pays.

D’un autre côté, excepté à Tizonnet — il n’y avait qu’un moment — il n’avait dit à âme qui vive son projet d’acheter la terre du Quesnay. Il devait donc y avoir pour lui quelque chose d’effrayant dans cette voix qui lui jetait insolemment son nom en pleine route, et qui lui disait si bien où, présentement, il s’en allait.

Mais il ne fut pas effrayé, car, malgré son incognito et son silence, il savait, à n’en pouvoir douter, qu’il existait dans le pays une personne, une personne seule, il est vrai, qui l’attendait depuis que le Quesnay était sans maîtres.

Seulement, que cette personne fût précisé-