Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/59

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sortit sans avoir rien pris (chose anti-normande ! maître Tizonnet n’ayant pas osé l’inviter à se rafraîchir), et il tira droit du côté de la terre qu’il venait d’acheter.

La nuit commençait à se répandre, mais il faisait encore une goutte de jour qu’elle n’avait pas noyée dans son envahissante obscurité. Il résultait de cela un crépuscule qui faisait paraître les chemins plus blancs et les haies plus sombres… Quoiqu’il y eût plus de vingt ans que Jean Sombreval n’eût pas passé par les chemins qu’il enfilait, ce soir-là, d’un pied où l’on sentait encore le muscle de l’ancien marcheur, il ne se trompa point d’un seul pas aux carrefours qui, à certains endroits, courbaient ou étoilaient la route.

À cette époque-là, les chemins changeaient peu. À cela près de quelques ornières que le poids des charrettes gravait, comme une ride de plus, sur une vieille surface, ou encore de quelque effondrement de terrain, ici ou là ; de quelque mare survenue entre deux pentes et dans laquelle l’ocre et la glaise se dissolvaient tristement en silence, les chemins restaient de longues années ce qu’autrefois on les avait vus.

À travers les incertaines et fraîches brumes de ce jour baissant, Jean Sombreval reconnaissait jusqu’aux cailloux contre lesquels il avait buté dans sa jeunesse, mais il ne