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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/56

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mais si, comme sa mère, elle l’avait appris par hasard, un tout autre jour, cette révélation inattendue lui eût peut-être été, comme à sa mère, mortellement funeste.

À dater de ce cruel et suprême moment, Calixte eut comme un secret effroi de son père, et Sombreval put deviner à certains frémissements de sa fille, quand il lui prenait sa main pâle, — car la virginité de cette enfant malade n’avait rien de rose, pas même les bras, — à certaines contractions d’horreur éphémère, qu’une pensée muette jetait dans son sourire, que l’abbé Hugon avait tout dit.

Aussi, parfaitement sûr de cela, il ne posa à Calixte aucune question directe ; il n’essaya pour lui-même aucune justification, aucune explication de sa conduite. Elle aussi se tut. Et pourquoi auraient-ils parlé ? Ils se savaient tous les deux. Les années vinrent et passèrent, amenant des événements de toute sorte et leurs mille changements accoutumés.

Le beau-père de Sombreval mourut. Il resta seul avec sa fille. La névrose dont elle était atteinte multiplia ses phénomènes et finit par dépayser le savoir et le coup d’œil des médecins de l’Europe les plus renommés. Ils désespérèrent de cette jeune fille.

Est-ce à cause de cette désespérance que Jean Sombreval, dont la science était colossale