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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/54

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qui trouve un bonheur enivrant dans cette folle obéissance dont on sourit, tout en se regardant obéir, et il se laissait conduire par elle à l’église, lui qui n’y avait jamais mis le pied depuis son apostasie, et qui même évitait de passer devant un portail.

Il l’accompagna régulièrement à tous les offices de cette éloquente Église catholique, qui devaient être pour lui de poignants souvenirs ! Il dut se dévorer pendant les longues heures qu’il enlevait à la science et qu’il ne donnait pas à la prière, mais il ne se plaignait jamais, quoiqu’il eût sur le cœur le poids de ces voûtes. Nonobstant cette docilité à la Thémistocle pour le doux tyran de sa vie, Jean Sombreval resta ce qu’il était. Le père expliquait tout en lui, mais l’homme gardait ses pensées.

Ceux qui le voyaient le dimanche à Saint-Germain-des-Prés, sa paroisse, debout auprès de cette jeune fille douloureusement charmante, à genoux comme un ange sans ses ailes et qui semblait une Mignon des cieux regrettant sa patrie, étaient saisis du contraste de ces bras croisés, de cette lèvre immobile, de toute cette attitude endurcie qui disait que l’impiété du réprouvé don Juan avait passé dans la statue du Commandeur.

Et il en fut toujours ainsi. Même la pre-