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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/53

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Elle lui demandait pourquoi il ne croyait pas, et quand l’athée répondait tristement, — car il n’avait pas son assurance impie avec cette fillette dont la tête n’était plus pétrie par lui seul ; avec cette catéchumène de deux jours qui brillait de foi et presque déjà de doctrine : — « La pensée n’est pas libre, ma pauvre Calixte, de se faire autre chose qu’une foi scientifique », — elle lui répliquait avec une grâce attendrie qui le déchirait comme un reproche : « Je prierai tant pour toi, mon père, que Dieu t’enverra la foi religieuse comme il me l’a envoyée. »

Elle lui disait cela si simplement, si profondément, que, troublé, bouleversé et voulant lui cacher ce qu’il éprouvait, il lui prenait la tête dans ses deux mains pour l’embrasser : mais la croix d’entre les sourcils lui jetait son éclair invisible ; et, foudroyé par ce signe muet jusqu’au fond de son être, il baissait tout à coup contre sa poitrine ce front qu’il n’osait pas toucher de ses lèvres, et il l’embrassait sur les cheveux.

Hélas ! les prières de Calixte furent impuissantes. Renversé de plus haut spirituellement que les autres hommes, il est rare qu’un prêtre tombé se relève. Judas, l’apôtre, se pendit. Des remords ne sont pas des repentirs. Jean Sombreval aimait sa fille avec l’enfance de cœur