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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/51

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qu’il avait cru chloroformer au fond d’elle, en ne les développant pas.

Ce fut donc une vraie Pentecôte pour cette jeune fille pure, poétique, géniale, à la nature d’Inspirée, que les premiers rayons de la religion de sa mère, tombant soudainement dans son cœur. Elle eut comme les Apôtres la divine ébriété de cette langue de feu qui descendait sur elle, à la parole de l’abbé Hugon, et sa joie sainte se répandit jusqu’à son père…

Lui, déjà, avait pressenti, avec l’instinct sagace de l’ancien prêtre, l’influence que prendrait immanquablement sur sa fille cet abbé Hugon revenu de l’exil, ce confesseur qui, aux yeux de Calixte, aurait deux auréoles : — le souvenir de sa mère et l’ascendant du sacerdoce, — et il s’était promis de l’écarter… Malheureusement pour lui, heureusement pour elle, il était trop tard. Calixte s’était précipitée au pied de la croix, dès qu’on la lui avait tendue…

Comme la Pauline de Polyeucte, elle était devenue chrétienne avec emportement. Une idée terrible arrêta Sombreval. S’il avait tenté d’éloigner l’abbé Hugon de sa néophyte, qui sait si celui-ci ne lui eût pas disputé l’âme de l’enfant qu’il croyait avoir sauvée, et, pour ne pas la perdre, s’il n’aurait pas parlé ?… si de doux et de miséricordieux, devenu implacable, il n’eût pas dit tout ?… et par cette révélation,