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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/47

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pensée, la petite Calixte, qui manquait d’une douce influence de femme sur sa tête, aurait pu devenir une pédante comme madame Dacier, une de ces viragos d’intelligence chez lesquelles, comme chez Christine de Suède, l’hypertrophie cérébrale déforme le sexe et produit la monstruosité. Mais une délicatesse inouïe, rendue plus fine et plus exquise par la souffrance nerveuse, la préserva de l’affreux malheur de la disgrâce et lui conserva son velouté de fleur, sa poésie.

Son père était trop viril, d’ailleurs, pour ne pas adorer les suaves faiblesses de la femme, et trop grand observateur pour ignorer que là est le secret de l’empire exercé par elle sur les hommes les plus étoffés et les plus vaillants. Il se garda bien de toucher à cette toute-puissante débilité. Il eut pour sa fille, et dans son corps, et dans son âme, et dans son esprit, tous les genres de sollicitudes… hors une seule, hors un point fatal qu’il n’eut jamais le courage de dépasser.

Cet éducateur idolâtre, cette espèce de Prométhée qui aurait voulu faire descendre le feu du ciel dans sa créature, introduire toutes les idées dans ce jeune cerveau, en oublia une, — la plus grande de toutes — l’idée de Dieu.

Était-ce impiété réfléchie ? endurcissement de réprouvé ou impossibilité de traiter avec sa