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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/44

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mère à ses derniers moments et baptisé cette enfant fragile l’avait nommée du nom triste et presque macéré de Calixte, qui avait plu à la mourante, et dans lequel il y a comme de la piété et du repentir. Piété et repentir pour un crime involontaire, n’était-ce pas, en effet, toute la destinée de la mère de cette pauvre enfant ? Comme sa mère, elle semblait, elle aussi, vouée à la mort. On aurait dit qu’elle répugnait à l’existence.

L’expression d’horreur pour la vie qu’avait le visage de sa mère avait passé sur ses petits traits, à peine ébauchés, et les convulsait ; mais ce que la douleur et le remords fixe de la Femme du Prêtre avaient imprimé plus avant encore sur le fruit de son union réprouvée, c’était une croix, marquée dans le front de l’enfant, — la croix méprisée, trahie, renversée par le prêtre impie et qui, s’élevant nettement entre les deux sourcils de sa fille, tatouait sa face, innocemment vengeresse, de l’idée de Dieu.

Très visible déjà, quoique d’un rose meurtri sur la pâte de ce front presque malléable où les veines semblaient une voie lactée plus que les fils d’un réseau sanguin, ce signe devenait plus apparent au moindre effort de cette organisation chétive. Il se fonçait alors d’un rouge vif, vermeil comme le sang.