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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/42

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et menti à sa fiancée comme il avait menti à son père. Seulement, dans les premiers mois de sa grossesse, une indiscrétion calculée apprit à la citoyenne Sombreval que le mari qu’elle aimait était un prêtre, et cela fit sur elle un effet tout aussi terrible que le supplice de la roue sur la femme dont parle Malebranche dans sa Recherche de la vérité, laquelle, étant grosse, eut envie du spectacle de ce supplice.

L’enfant qu’elle avait dans le sein dut en être marqué. Elle le mit au monde avant terme et elle mourut dès qu’elle n’eut plus à le porter. Elle mourut, n’osant plus regarder l’homme qui l’avait si scélératement trompée, se sentant plus malheureuse que si elle avait passé par le viol, retrouvant une pudeur plus brûlante dans les affres de sa foi, ayant horreur de cette main qui avait touché au saint calice et qui avait souillé la sienne ; elle mourut, navrée, dans une honte immense et le plus amer désespoir ; et ce crime s’ajouta aux autres crimes de cet être funeste, qui tuait avec ses crimes, comme d’autres tuent avec du poison et du fer !

Mais ici l’expiation commença, faible, sourde, il est vrai, mais déjà douloureuse, dans l’âme d’un homme qu’une seule passion semblait remplir. Sombreval, engourdi par le serpent de la Science qui se tordait autour de sa vie, avait à peine senti la mort de son père et le