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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/352

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— Ah ! je ne suis pas ta vieille mère, Jean, et tu me l’as prouvé ce soir » fit-elle désespérée. — Elle sentait amèrement que tout se brisait contre cet homme de bronze, — plus dur que le pied de bronze du flambeau qu’il tenait à la main et qui lui éclairait sa tête nue, forte et impassible, comme un globe qui obéit à sa loi !

— Je crois au sang, — fit-il, le chimiste, — et que rien ne peut le remplacer ! Il fait ce que vous autres appelez l’âme. Il fait les sentiments, la famille, l’amour de l’enfant pour la mère et de la mère pour l’enfant. Mais tu le vois, la Malgaigne, mon sang, ma chair, ma Calixte n’obtient pas plus de moi que toi de son père. N’en parlons plus, — ajouta-t-il, — et entre au lieu de rester à ma porte ! La nuit est épaisse ; Taillepied, loin ! Viens t’asseoir et te chauffer au feu du fourneau de ton fils Jean. Nous nous rappellerons l’ancien temps. J’ai des cordiaux pour ta vieillesse.

Mais pleine d’un ressentiment farouche :

— Moi ! entrer chez toi, Jean ! fit-elle. Tu viens de murer la seule porte par laquelle j’aurais pu passer !

Et son visage, pâle comme un linceul, recula, et disparut du cercle lumineux que formait la lueur du flambeau de Sombreval, au bas du perron, sur le gazon ovale. Sombreval