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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/350

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dant semblable à moi, comme je suis maintenant, après t’avoir fait d’abord comme j’étais ?… Sombreval, Jean Sombreval, écoute-moi. Je t’adjure de m’écouter encore cette fois. Ce sera la dernière.

Il ne s’agit pas de ta vie ce soir, comme le jour de l’étang. Il ne s’agit pas de Calixte, ni de Néel de Néhou, ni de tes espoirs fous ou des siens. Vous êtes tous perdus ! Vous vous croyez vivants, vous ne l’êtes plus. Vous êtes morts. Je vous vois tous morts, couchés dans vos tombes, aussi clairement que si le dessus en était de verre. Il ne s’agit plus, Jean, de rien de toi que de ton âme, — de ton âme qui ne mourra point parce que tu meurs et qui peut-être, disait tout à l’heure l’abbé Méautis, n’est pas encore condamnée au tribunal de Celui qui doit tout juger ! Ah ! mon pauvre Jean ! est-ce que tu ne feras rien pour ton âme ? Tu n’es pas remonté sur l’étang. Tu ne m’as pas crue, mais tu as donné cette joie à ta fille de ne pas remonter sur cette eau.

Eh bien ! ne me crois pas encore, mais donne à cette enfant, mise, par toi, vivante dans le Purgatoire, de te savoir au moins délivré de l’Enfer ! Tiens, je m’en retournais à Taillepied et j’avais déjà dépassé ta demeure ; une idée m’a saisie. Il y a des idées qui sont la main