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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/347

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filandière, confuse et troublée, resta un instant sur la butte après que le vicomte de Néhou et Bernard de Lieusaint furent remontés dans le char-à-bancs où ils donnèrent place au curé. Elle aimait et respectait son pasteur. Elle le regardait avec juste raison comme le plus saint prêtre de la contrée, et ce qu’il lui avait dit avec une voix qu’il n’avait jamais avec elle lui était allé droit au cœur.

Intelligente comme elle l’était, elle avait bien compris tout le sens des paroles du curé, et elle les opposait, dans sa conscience remuée, aux superstitions qui dominaient sa vie et asservissaient sa crédulité. Sa nature donnée, c’était déjà beaucoup pour elle que la Chrétienne eût ployé un instant cette tête hallucinée, car la Visionnaire devait la relever, mais plus tard. Aujourd’hui, toute à l’impression que venait de lui causer l’abbé Méautis, elle descendit la butte Saint-Jean, aussi agitée de voir dans la nuit de son âme deux vérités contraires, en qui elle croyait également, que si elle avait vu, des yeux de son corps, deux soleils !

C’était un tel désordre en elle qu’elle dépassa la grille du Quesnay sans l’apercevoir. — « Si le prêtre avait raison ! se disait-elle. Si tout n’était pas dit et qu’il fût temps encore ! Si mes Voix étaient de fausses Voix !! les men-