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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/346

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Calixte, la sœur des Saints Innocents, et l’eau croupie de mes vieux yeux ne compte pas devant ses belles larmes, mais Dieu prend tout et ne regarde pas, comme l’avare, au denier qu’on lui donne, et j’ai donné tout ce que j’avais !

J’ai payé bien des messes pour Sombreval avec les sous de ma journée. J’ai fait bien des douzaines de communions et suis allée bien des fois, pieds nus, à la Délivrande du Mont de Rauville, et ç’a été vain ! Les Voix ont ri de moi et m’ont dit avec ironie : « Tu pleurerais à creuser le caillou du chemin et tu viderais tous les ciboires de leurs hosties que tu ne pourrais pas le sauver ! »

— Taisez-vous ! dit l’abbé Méautis, pour cette fois sévère ; c’est assez de visions comme cela ! Vous êtes ma pénitente, la Malgaigne, et comme votre pasteur et votre confesseur, je vous défends de mêler ces honteuses et sacrilèges folies aux notions que l’Église nous donne de l’inépuisable bonté du Sauveur !

Le ton qui accompagnait ces paroles si peu ordinaires à ce prêtre, aussi doux que l’était son nom, imposa silence à l’enthousiasme de la Malgaigne, qui se tut comme si Dieu lui-même avait parlé. Réprimandée par un homme à qui la réprimande coûtait un effort et était plus amère qu’à la personne qui la méritait, la vieille