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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/342

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ché à cette folle dont la vue seule « lui tournait le sang. » Quand l’abbé Méautis n’était pas à l’église ou chez ses malades, il était auprès de la malheureuse insensée, épiant, espionnant, attendant un éclair de lucidité qui ne venait jamais. Il disait son bréviaire à côté d’elle : — et des mains qui avaient offert le divin Sacrifice, il faisait mieux que de laver des assiettes comme saint Bonaventure ; il lavait pieusement les souillures de cet objet immonde et sacré.

Il avait toujours beaucoup aimé sa mère, mais la pitié, qui était le génie de son âme, communiquait à son sentiment filial quelque chose de surnaturel. Le nom même de mère, ce nom seul à prononcer lui fondait le cœur, et comme dans ses instructions à l’église et au lit des mourants, il était bien obligé, le pauvre et saint pasteur, de parler de la Mère du Dieu-Homme, il ne pouvait s’empêcher de s’arrêter un peu, avant de prononcer ce nom de mère et de refouler un sanglot… et rien n’était plus éloquent que cette hésitation sublime pour qui savait l’histoire du curé et son infortune ; rien n’était plus puissant sur les cœurs et ne les amenait mieux à lui !

Un tel homme ou plutôt une telle âme avait dû se prendre pour Calixte d’une sympathie qui n’a pas de nom dans les langues de la terre,