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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/339

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Sans doute, il s’acceptait ainsi, — mais il n’en souffrait pas moins de cette petitesse de mérite, et c’était là son infirmité ! Comme Jésus-Christ au jardin des Olives, il ne priait pas pour que le calice s’éloignât de lui, mais pour qu’il s’approchât au contraire, et qu’il pût y boire à longs traits comme son divin Maître ; et c’était là son calice, à lui, de ne pouvoir se désaltérer à cette absinthe que Dieu a laissée, pour boire après lui, à ceux qu’il préfère.

Mystique à la manière de saint Jean de la Croix et de saint Bonaventure, s’il n’avait pas été l’enfant craintif et soumis, — le brin d’herbe tremblant dans la lumière, — il aurait incliné, disaient les doctes, vers une mysticité trop tendre. Son cœur qui fondait de pitié aurait submergé la doctrine. Il s’en fondait, mais il ne s’en épuisait pas : citerne toujours pleine qu’alimentait le ciel !

De jour, c’était un grand jeune homme tout d’une venue, mais d’une certaine grâce dans sa maigreur longue, — comme un peuplier ou un tremble ; se penchant comme l’un et palpitant comme l’autre au souffle de la moindre pensée ! Il portait une soutane râpée, mais propre jusqu’à la dernière effilure du tissu rongé par l’usage, et il en relevait, pour la préserver, la queue dans ses poches, car c’était sa soutane de tous les jours et de cérémonie, qu’il fallait