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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/336

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mais je la vois maintenant toutes les semaines, comme une sœur de charité et de providence, autour du lit de mon fils Néel, qui n’a pu être rapporté à Néhou, à cause de la gravité de sa chute et de ses blessures, — mais qui marchera dans quelques jours, la Malgaigne ! Et maintenant je comprends l’enthousiasme que je vous ai vu quelquefois pour elle, monsieur le curé.

— L’enthousiasme, fit tristement le curé, est bien difficile à qui confesse et pratique les âmes. Lequel d’entre nous, après dix ans de ministère, pourrait avoir un autre enthousiasme que celui que le grand Apôtre appelle la Folie de la croix, et qui est notre sagesse ? Et cependant c’est la vérité ! mademoiselle Calixte est un de ces vases d’élection fleuris de Dieu qui peuvent ranimer l’enthousiasme éteint, même dans le cœur austère d’un prêtre. Les saints sont peut-être au-dessus des anges parce qu’ils souffrent. Mais cette enfant a les deux natures. Elle est ange et sainte : ange par la pureté, sainte par la douleur !

Et la voix du curé trembla. Un inconnu qui eût passé par là et qui l’eût entendue aurait trouvé qu’elle tremblait trop. Mais ceux qui l’écoutaient connaissaient le curé de Néhou. Ils savaient que l’eau réservée au calice au fond duquel va s’accomplir la Transsubstantia-