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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/334

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— Il est donc toujours aussi honni, aussi méprisé, aussi haï que dans les premiers temps qu’il vint s’installer ici ? fit le vicomte. Cependant il vit bien retiré et bien seul… Il ne fait pas une grande poussière ! S’il a l’orgueil que vous dites, la Malgaigne, c’est un orgueil hagard et farouche qui s’écarte des autres plus qu’il ne les brave ! Voilà mon compère Bernard de Lieusaint et moi qui venons de voir Néel au Quesnay, et qui depuis un mois y allons régulièrement toutes les semaines. Eh bien ! là, dans sa maison même, nous n’avons jamais rencontré ni vu Sombreval.

— Et malgré cela, fit-elle à son tour, monsieur le vicomte, malgré son retirement de toute société et son assiduité à la messe et aux vêpres auprès de sa fille ; malgré bien des chanteaux[1] de pain et bien des fagots portés chez les pauvres de Monroc et de Néhou, qui ne veulent pas venir chercher à sa porte les morceaux et les os de la semaine, et qu’on ne voit plus le dos contre le grand mur de la cour, les mercredis et les samedis, comme du temps des anciens maîtres, c’est toujours la même malédiction sur lui quand on en parle, et rien n’y fait ! pas même son enfant, qui est bien un enfant-Jésus d’enfant pour la douceur et

  1. Le morceau de pain du ménage, en Normandie.