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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/331

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— En effet, reprit le vicomte, je sais que vous avez vu le Sombreval enfant et que vous lui avez été maternelle, ne vous doutant guère de ce qu’il deviendrait un jour et du cadeau que vous feriez à la contrée !

— Vère ! — dit-elle avec une énergie familière, — je l’ai ramassé et lavé quand il était petit, et quand il a été un homme, il m’a méprisée, moi et les autres, car il n’a jamais entendu qu’à lui et au démon, son maître, et voilà comment ce qu’il avait d’idée, de sens et d’invention, s’est tourné à sa perdition éternelle. Alors, je le sais bien et je m’en confesse, je n’étais guère bonne non plus moi-même ! Lorsqu’il n’était encore, lui, qu’au seuil du mal, j’avais déjà les deux pieds dans le bourbier de devant la porte, mais la grâce de Dieu m’en a retirée, tandis que lui s’y est enfoncé toujours plus avant, comme le porc dans son ordure.

— Et si profondément, ajouta M. de Néhou, qu’il ne vous connaît plus probablement, maintenant, la vieille mère, qui l’avez soigné quand il n’était qu’un marcassin dans la bauge de son père, et qu’il ne veut pas que vous approchiez de sa maison, puisque vous voilà ce soir à la belle étoile, à m’attendre, pour avoir des nouvelles de mon fils Néel, au lieu d’en demander au perron du Quesnay, en passant.