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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/327

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ai de bonnes raisons pour voir clair. Quand Néel se retrouvera sur ses jambes, il n’aura plus de cœur du tout dont il puisse disposer.

— Ainsi, fracassé d’abord, — fricassé ensuite ! dit gaiement le vieil Éphrem incorrigible, en aspirant avec le geste historique de Frédéric de Prusse une longue prise de macoubac dans une fine boîte à médaillon sur laquelle était peinte la belle Gaétane-Casimire de Zips, coiffée à la polonaise, avec un bonnet placé moins bas que le bandeau de Calixte, mais qui le rappelait.

— Tenez, compère ! ne trouvez-vous pas qu’elles se ressemblent ? fit-il avec cette touchante préoccupation des vieillards qui croient revoir dans un dernier mirage ceux qu’ils ont aimés dans ceux qu’ils aiment ; — et il tendit la miniature à M. de Lieusaint, qui la connaissait.

— Allons donc ! — dit brusquement M. de Lieusaint, contrarié de la sympathie et de l’admiration de son ami, — le tokay vous toque, mon compère ! car, le diable m’emporte ! c’est bien parfaitement du tokay que nous avons bu aujourd’hui à la santé et aux prochaines relevailles de votre fils ! Voilà pourtant les révolutions ! Du tokay chez Jean Gourgue-Sombreval, un manant fait pour boire toute sa vie l’eau des mares ! Savez-vous que les armes de