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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/326

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qu’elle portait jusqu’au cœur une effroyable meurtrissure. Toutes les fois qu’il venait au Quesnay, ce vieux Normand que l’intérêt alarmé de sa fille rendait observateur, se prouvait davantage à lui-même que Néel aimait Calixte.

Le vicomte Éphrem se l’attestait aussi, mais il n’en souffrait pas, du moins au même degré. De jour en jour, il était plus enthousiasmé de cette virginale enfant chez qui la sublimité de l’expression ne tuait pas la grâce et dont il comparait la beauté, pour lui donner la palme, à tout ce qu’il avait vu de plus adorablement beau dans ses caravanes d’émigration. — Je crois, — disait-il un soir en revenant du Quesnay avec cette légèreté de leur jeunesse que les hommes de son temps ne perdirent jamais, — que, si j’avais l’âge du Chevalier, je ferais, ma foi ! la cour comme lui à cette ravissante fillette, quand même ce serait pour le mauvais motif, Bernard !

— La cour ! répondit en grommelant M. de Lieusaint ; — vous voilà bien, compère, avec les idées que nous avions dans les uhlans, lorsque nous croyions qu’aucune femme ne pouvait tenir contre la tournure de nos pelisses et la flambante manière dont nous les portions : mais votre Néel ne fait pas la cour à Calixte. Il aime et se laisse dévorer par une folie qui sera incurable demain. Je vous le dis, moi qui