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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/323

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reliques vénérées qui ont encore le parfum de la peau de ma mère ne seront à personne… ou seront à vous, ma Calixte chère ! Il n’y a que vous de digne à mes yeux de porter ce qu’elle porta ; ce qui fut longtemps autour de son cou, sur son front, autour de ses bras ! — Et, enfant comme tous les amoureux, il voulut un jour attacher un de ces bracelets autour du poignet délié de Calixte.

— Voyez-vous ! — lui dit-il en lui montrant le diamètre de ce bracelet, dentelle d’or, semis d’étoiles en pierreries, chef-d’œuvre d’un orfèvre polonais du dix-huitième siècle ; — il n’y a que vous qui puissiez passer à votre bras cette merveille de fée. Les gros bras roses de Bernardine n’y tiendraient jamais… Vous seule avez le bras assez fin pour entrer dans le bracelet de ma mère ; et il essaya de le lui agrafer.

— Non, — dit-elle, de souriante devenant tout à coup sérieuse, en retirant doucement le bras qu’il avait pris, — la règle de mon Ordre s’y oppose, Néel !

Par un tel mot, elle lui rappelait cette étonnante confidence dont elle l’avait foudroyé un jour. Elle lui rappelait ce qu’elle était, — la carmélite cachée encore aux yeux des hommes, mais vouée à Dieu et acceptée ! Le front de Néel, guéri des blessures de sa chute, retrouva sa veine de colère.