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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/321

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bien vite pour ce jeune impatient qui, à Néhou par exemple, se serait dévoré de rester si longtemps à la même place, cloué sur ce lit insupportable, même quand on n’y souffre pas, aux êtres d’une activité si bouillante.

Néel mettait toute sa vie dans la contemplation de Calixte. Il ne sentait rien que sa vue, comme les fakirs qui ne sentent pas la douleur dans leur extase et vivent absorbés dans la chimérique vision de leur dieu. Il faut avoir été soigné par une femme aimée pour savoir toute la profondeur et toute l’ivresse de ce bonheur lentement dégusté, dont chaque goutte est un infini ! Il faut avoir senti autour de son pauvre visage enfiévré les souffles chargés de vie de la robe qui renferme la femme qu’on aime ; il faut l’avoir longuement regardée, debout devant vous, attendant que vous ayez bu la potion calmante qui ne vous calmera pas, parce qu’elle l’a touchée, et être retombé de cette contemplation éperdue au fond de l’oreiller, relevé par elle, et où vous sentez errer le long de vos tempes ses mains fraîches ! Délices qui payeraient mille fois la vie !

Vous figurez-vous ce qu’elles furent pour Néel pendant ces quarante jours d’intimité sous le plafond de la grande chambre du Quesnay ?… Il n’aurait pas été insensé déjà de Calixte qu’il le serait devenu. Seul le plus sou-