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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/319

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— Ah ! Dieu, c’est toi ! répondit-il en l’enlevant joyeusement sur son cœur avec ses mains noires de son fourneau et de sa chimie. Si les pères étaient Dieu sur la terre, est-ce que toi tu résisterais au tien ?…

Ce mot gaiement lancé, mais qui disait pour la première fois devant Néel de Néhou qu’il y avait une chose sur laquelle Calixte ne cédait pas au désir ou à la volonté de son père, fit monter le rouge passager de la confusion sur le visage de la pure enfant, comme si elle eût été coupable.

Dans l’intimité où ils vivaient tous les trois, elle ignorait qu’il y en eût une autre entre Néel et Sombreval. Elle ignorait qu’ils se fussent rencontrés, un soir, chez la Malgaigne, qu’ils se fussent parlé, qu’ils se fussent tout dit, qu’ils eussent mis enfin en commun leur désir de la voir rentrer dans la santé et dans la vie par le mariage et par l’amour, et comploté presque l’un et l’autre contre la tranquillité de son cœur !

Elle savait que son père, cet homme d’une sagacité si redoutable, avait pénétré l’amour de Néel et qu’il le voyait avec joie. Comme il l’avait confié à Néel dans le chemin de Taillepied, Sombreval parlait souvent à Calixte de cet amour du jeune de Néhou et du bonheur qu’il aurait de la voir mariée à ce bel et noble