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Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/318

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mère. Elle a compris, Calixte, que je vous aimais !

Il avait ouvert l’écrin qui renfermait les parures maternelles, et Calixte, enfant et femme tout ensemble, pencha curieusement son front sur ces pierres qui renferment des fascinations.

— Voici l’anneau de ma mère ! — dit Néel avec l’ardeur d’une prière qu’il ne faisait pas.

Elle l’entendit, et secouant avec mélancolie son front penché auquel le feu orangé des topazes envoyait des lueurs mystérieuses :

— Rendez-le à qui vous l’aviez donné, — fit-elle. Vous avez mon secret, Néel ; moi aussi je suis promise ; mais je serais libre, que ce n’est pas moi qui pourrais jamais séparer les deux mains que Dieu a unies.

— Mais nous ne sommes pas fiancés — comme vous l’entendez, Calixte ! — reprit Néel. Nos pères seuls, à Bernardine et à moi, se sont entendus pour ce mariage…

— Mais les pères, Néel, c’est Dieu sur la terre ! — interrompit-elle ; et, comme Sombreval, qui allait toujours se cacher au fond de son laboratoire, quand les Néhou et les Lieusaint venaient au Quesnay, rentrait dans la chambre : — N’est-ce pas, père ? ajouta-t-elle avec une coquetterie filiale, croyant qu’il l’avait entendue.