Ouvrir le menu principal

Page:Barbey d’Aurevilly - Un prêtre marié, Lemerre, 1881, tome 1.djvu/315

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


demoiselle, fit le vieillard en belle humeur, remerciez pour nous tous, et surtout pour moi, monsieur votre père, et dites-lui bien que de tout ce que nous avons trouvé chez lui, ce n’est pas son vin qui nous a semblé le meilleur, quoiqu’il soit fort bon !

Et ce n’était pas là une vaine politesse. Quand il fut remonté dans son char-à-bancs et qu’il eut repris la route de Néhou : — Il faut avouer, compère, dit-il à M. de Lieusaint, — que Dieu permet quelquefois au Diable de travailler aussi bien que lui. Comprenez-vous que ce prêtre marié de Sombreval ait une fille pareille à celle que nous venons de voir ?…

M. de Lieusaint en était tout aussi étonné que le vicomte, et ses inquiétudes le reprenaient. Il n’osait pas exprimer devant Bernardine les pensées que ce qu’il venait de voir lui inspirait, mais il sentait, ainsi qu’il le dit le soir même au vicomte, que « c’était le mariage de Néel qui avait versé et qui s’était cassé la tête et les jambes. » — Et si ce n’était que cela, ajouta-t-il, nous sommes de trop anciens amis, compère, pour que nos relations ne résistent pas à cette culbute, mais le cœur de Bernardine en sera brisé.

Pendant sa visite au Quesnay, il avait été frappé de la profonde altération des traits de sa fille et de son silence. Mais il n’avait pas